jennyz logo
Featured image

Fraudes sur Uber Eats : les restaurateurs tirent la sonnette d’alarme

Publié le 10 juin 2025

6 minutes

Une combine bien rodée… et trop facile

Le scénario est toujours un peu le même. Un client passe une commande, la reçoit bien — parfois en main propre, parfois via le livreur à vélo ou en scooter. Puis, quelques minutes plus tard, un signalement tombe : “Commande non reçue” ou “Article manquant”. La plateforme traite ça automatiquement, souvent sans poser de questions. Le client est remboursé. Et le restaurateur ? Il voit le montant de la commande disparaître de ses revenus.

Et ça ne s’arrête pas là. Certains clients vont jusqu’à créer de faux comptes, pour ne pas éveiller les soupçons en multipliant les réclamations. Une sorte de piraterie moderne… sauf que la victime, ici, ce n’est pas une multinationale. Ce sont les restos de quartier, les indépendants, ceux qui comptent chaque centime pour payer leurs charges.

Témoignages de terrain : “Je perds plus en arnaques qu’en nourriture jetée”

Un restaurateur installé à Perpignan témoigne avoir perdu 132 euros en un mois à cause de réclamations abusives. Un procédé qu’il juge profondément injuste : 

“Des personnes commandent et font croire qu’elles n’ont pas reçu ce qu’elles avaient commandé ou qu’elles n’ont pas été livrées, juste pour être remboursées, déclare-t-il. Certaines vont jusqu’à créer de faux profils. “

Et ce n’est pas un cas isolé. À Paris, un propriétaire d’un snack halal confie :

“Je passe 10 heures par jour en cuisine. Et derrière, des clients annulent sans honte. Le pire ? Uber ne vérifie rien. J’ai même envoyé les vidéos de surveillance, mais ça n’a rien changé. C’est usant, tu te sens totalement impuissant.”

Uber Eats : un géant sourd aux appels des petits

Ce qui énerve encore plus les restaurateurs, c’est le manque de réaction d’Uber Eats. En théorie, la plateforme dit lutter contre les fraudes. En pratique ? Rien de concret. Le support client est quasi injoignable. Et quand on arrive à avoir quelqu’un, c’est souvent pour entendre une phrase du type : “Nous comprenons votre frustration, mais nos politiques ne permettent pas de…” — bref, du vent.

Et puis, il y a ce déséquilibre flagrant dans la relation. Uber Eats impose ses règles, prélève ses 25 à 30 % de commission, encaisse les bénéfices… mais quand un client triche, c’est le restaurateur qui trinque. Pas de vérification sérieuse, pas de suivi. Un restaurateur, c’est remplaçable. Un client, lui, doit être “satisfait” à tout prix.

Des pertes qui s'accumulent... et qui font réfléchir

Pour un restaurant, perdre 15 ou 20 euros sur une commande, ça peut sembler peu. Mais quand ça se répète — 4, 5, 6 fois par mois — ça devient vite insupportable. Certains établissements n’ont déjà pas de marge de manœuvre : entre les matières premières, les salaires, l’électricité… chaque euro compte.

C’est pourquoi plusieurs professionnels ont commencé à quitter la plateforme. “Je préfère perdre 10 % de chiffre d’affaires que de continuer à me faire arnaquer en silence”, explique Lamine, patron d’un petit resto de tacos à Lyon. “J’ai créé mon propre site avec livraison en direct. Oui, c’est plus galère. Mais au moins, je garde le contrôle. Et la confiance.”

Pourquoi ces arnaques prolifèrent autant ?

Parce que c’est trop facile. Uber Eats ne demande presque aucune preuve de la part du client. Et du côté du restaurateur ? Il faut envoyer des captures, des preuves, insister encore et encore... pour souvent ne rien obtenir.

Et tant que le système ne change pas, ces pratiques vont continuer — voire s’aggraver. Le message envoyé, c’est : “Frauder ne coûte rien.”

Il faut aussi dire que le système est mal conçu : il favorise la vitesse au détriment de la transparence. L’algorithme va vite, mais ne vérifie rien. Et les humains derrière ? Trop peu nombreux, ou trop débordés.

Alors, que peut-on faire ?

Même si le système est déséquilibré, il reste quelques leviers d’action. Voici des conseils glanés auprès de restaurateurs aguerris :

  • Photographier chaque commande avant qu’elle parte : sac fermé, contenu visible, ticket.

  • Installer une caméra (même un simple smartphone sur support) pour filmer la remise des sacs au livreur.

  • Garder des traces écrites : copies des commandes, conversations avec le support, noms des livreurs.

  • Signaler chaque cas, même si c’est fastidieux. Plus il y a de signalements, plus Uber Eats devra réagir.

  • Se regrouper entre restaurateurs sur WhatsApp, Facebook ou Telegram : les arnaqueurs sont souvent les mêmes, et la communauté permet de se prévenir mutuellement.

Contacter une association ou un médiateur de la consommation si rien ne bouge.

Et après ? Il va falloir que ça change

Ce n’est plus une simple anecdote de service client. C’est un problème structurel. Les restaurateurs ne demandent pas la lune. Ils veulent juste de la justice : que les réclamations soient vérifiées, que les fraudes soient punies, et que les pertes ne tombent pas toujours sur les mêmes.

On parle ici de gens qui travaillent 60 heures par semaine, qui cuisinent avec passion, qui se battent pour survivre dans un secteur déjà mis à mal. Les laisser seuls face à ces arnaques, c’est non seulement injuste, c’est aussi dangereux pour la diversité de notre paysage culinaire.

En conclusion : il est temps de remettre les choses à plat

Les arnaques aux remboursements sur Uber Eats ne sont pas un “petit souci technique”. Elles fragilisent des centaines de restaurateurs chaque mois. Et tant que les plateformes ne prendront pas leurs responsabilités, ce sont les indépendants, les artisans, ceux qui donnent du goût à nos villes, qui paieront les pots cassés.

Alors oui, la livraison à domicile est là pour rester. Mais ce n’est pas une raison pour accepter un système où les tricheurs s’en sortent mieux que les travailleurs honnêtes. Il est temps que ça change.

Jennyz est fait avec
à Angers
Copyright © 2025 Jennyz
Youtube Icon Dark

Chaine Youtube

X Icon Dark

Compte X

Instagram Icon Dark

Instagram